Saint-Sardos et la Guerre de 100 ans

chgarles-IVPetit village de Lot-et-Garonne, situé dans le canton de Prayssas qui serait à l’origine de la Guerre de Cent ans. Depuis 1152 l’Aquitaine est passée sous domination anglaise après le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt.

En 1323, l’abbé de Sarlat, région sous obédience du roi de France, Charles IV, demande au Parlement de Paris de prononcer le rattachement à son abbaye du prieuré bénédictin de Saint Sardos, qui relève du duché d’Aquitaine, donc du roi d’Angleterre, Edouard II, sous contrôle de Raymond Bernard, Seigneur de Montpezat.

En même temps que le Parlement accède à la demande de l’abbé et envoie sur place un sergant chargé d’y implanter un poteau aux armes du roi de France, Charles IV octroie à Saint Sardos le caractère de bastide, lieu où tout immigrant est libre. Inquiets de voir leurs meilleurs éléments susceptibles de les quitter pour profiter de ce statut, les seigneurs locaux, sous la conduite de Raymond Bernard, seigneur de Montpezat, brûlent Saint Sardos et pendent le représentant du Roi de France à son poteau le 16 octobre 1323.

La rumeur voulant que le sénéchal d’Aquitaine, Ralph Basset, soit derrière l’attaque, Charles IV, l’affaire devenant d’État, convoque les protagonistes à Toulouse, pour le 23 janvier 1324. Désireux de calmer le jeu, Edouard II envoie une ambassade conduite par son frère, le comte de Kent, chargé par la même occasion de retarder l’hommage lige au roi de France pour les terres d’Aquitaine. Charles IV, inflexible, charge alors son oncle de faire valoir ses droits sur le duché. Charles de Valois, après avoir pris Agen à la tête de 7 000 hommes puis brûlé Montpezat, poursuit, faute de résistance anglaise, son offensive au-delà de Saint Sardos au point d’obliger le sénéchal à se rendre le 22 septembre à La Réole. Le duché d’Aquitaine se voit ainsi réduit à une bande de 75 kilomètres de large allant de Saintes à la Côte basque.

110jr-warDes négociations s’ouvrent alors entre les deux pays sous l’égide d’Isabelle, sœur du roi de France et épouse d’Edouard II, aboutissant au traité du 31 mai 1327 aux termes duquel le roi d’Angleterre cède tous les territoires conquis pendant la guerre de Saint Sardos et prêtera l’hommage lige pour 100jr-warle reste. Entretemps Edouard III succède à Edouard II, et Philippe VI Valois à Charles IV. A la date butoir finalement fixée, le 15 décembre 1330, l’hommage lige n’est pas rendu, le gouvernement anglais, sous l’emprise de Mortimer, amant d’Isabelle de France, souhaitant qu’auparavant les terres conquises lors de la guerre de Saint Sardos soient rendues. Philippe VI envoie alors son frère Charles piller Saintes. Edouard III se déclare alors prêt à rendre l’hommage lige, mais les événements d’Écosse l’en dissuadent. En effet, le roi David II, auquel la France doit assistance aux termes du traité de Corbeil, est renversé par un allié du roi d’Angleterre dont il obtient le soutien.

A l’affaire de Saint Sardos, vient donc s’ajouter l’affaire d’Écosse et, Edouard III ayant compris que la meilleure façon de défendre l’Aquitaine est d’attaquer le Valois par le Nord, il ouvre également un front en Flandre, comté faisant partie du royaume de France, en mettant l’embargo sur l’exportation des laines anglaises dont l’économie flamande dépend.
Afin de ne pas passer pour félon en appuyant ouvertement la révolte des Flamands contre le comte de Flandre, vassal du roi de France, restait à Edouard IV de revendiquer pour lui-même, petit-fils par sa mère de Philippe le Bel, le trône de France. Ce qu’il fit en mai 1338.

D’escarmouche locale, puis de guerre féodale, l’affaire de Saint Sardos aboutissait à une guerre de succession : la guerre de cent ans.

(Source Pierre Bernard et Docteur Rémy Constans)